L'inflation des façades et le déclin de l'essence: Réflexion sur le phénomène des OBNL à Montréal
- YALLA Magazine

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YALLA magazine - Derrière les vitrines étincelantes des organisations communautaires au Québec, des questions pressantes surgissent sur leur utilité réelle. Le bénévolat est-il passé d'une mission humanitaire à un investissement de prestige? Avec la prolifération effrénée des associations à Montréal et la multiplication des slogans dans les registres de l'État, il devient impératif de lever le voile sur le danger d'un glissement vers un «chaos institutionnel» dépourvu d'âme. L'accumulation de structures juridiques sans cause réelle a souvent transformé l'action bénévole, d'une noble mission, en un «outil pragmatique» de visibilité sociale ou de captation de subventions (Grants). Ces fonds sont alors engloutis dans les rouages administratifs au lieu d'atteindre le cœur de la détresse humaine. Cette pléthore numérique ne reflète pas toujours la vitalité de la société civile; elle cache parfois des tentatives de bâtir une «célébrité factice» nourrie par les photos de rencontres officielles, tandis que les besoins sociaux réels demeurent orphelins sur le terrain.
La fièvre de la fondation: La course au «cadre» plutôt qu'à «l'image» Si les lois québécoises facilitent l'engagement pour le bien public, une catégorie d'«investisseurs de l'apparence» y a trouvé un raccourci vers la gloire personnelle. On observe actuellement à Montréal un engouement pour l'enregistrement d'associations auprès du Registraire des entreprises. Souvent, le moteur n'est pas de combler une lacune sociétale, mais d'obtenir le titre de «Président», conférant un statut de prestige dans les cercles officiels. Ces associations naissent avec un «cadre» brillant, mais le contenu demeure vide de toute activité de terrain concrète.
L'économie des subventions: Quand les principes suivent le financement L'État offre des centaines de programmes de soutien, et c'est là que réside le paradoxe: L'ingénierie de projets: Au lieu de concevoir un projet pour résoudre un problème, on le «façonne» pour répondre aux critères d'une subvention spécifique. L'autofinancement déguisé: Des sommes importantes sont dépensées sous le couvert d'«honoraires de consultants» ou de «frais administratifs», revenant souvent aux fondateurs eux-mêmes, transformant ainsi le secteur non lucratif en un secteur lucratif non déclaré. Une concurrence féroce: Cette ruée fragmente les ressources. Au lieu d'une seule organisation forte, on retrouve dix petites structures se disputant la même subvention, ce qui affaiblit l'impact global et draine les fonds publics.
Célébrité sociale et marchandisation du bénévolatÀ l'ère du «Like», l'association est devenue une «plateforme personnelle» (Personal Brand) pour s'afficher aux côtés des politiciens, comme si l'activisme médiatique pouvait remplacer l'effort sur le terrain. Cette dérive désacralise l'action bénévole et la transforme en marchandise dans le marché des relations publiques, où l'image prime sur l'impact social réel.
Entre essence et apparence: Un appel à la vigilanceLa conscience citoyenne est la seule balance infaillible. Le citoyen montréalais est aujourd'hui appelé à être un juge avisé, ne se contentant plus du préambule d'une association ou de l'esthétique de son logo. La loi au Québec accorde la «personnalité juridique» aux associations pour qu'elles soient un souffle de justice, et non un masque de prestige social.L'éclat des projecteurs ne reflète pas la qualité du travail; l'impact se mesure sur le terrain, non par le nombre de photos. Cherchez les organisations qui adaptent leurs programmes aux besoins humains, et non celles qui chassent les subventions pour des gains administratifs personnels. Ne soutenez pas sur une simple impulsion émotionnelle, mais posez-vous les questions essentielles: quels sont les résultats? Comment les ressources ont-elles été utilisées? Il est de notre responsabilité de fermer la porte aux «marchands de causes» pour permettre aux véritables associations, celles qui portent une essence humaine, de respirer et de perdurer.
Habiba Adib
Auteure et parajuriste
Libano-canadienne

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