Fête des Mères: une journée, mille cultures… une vérité universelle
- Alfred Baroud

- il y a 5 jours
- 2 min de lecture

YALLA magazine - Un bouquet, un appel, un repas partagé. Chaque année, la fête des Mères s’impose comme une évidence. Pourtant, ce geste familier s’enracine dans une histoire longue, traversée de civilisations, de rites et de sensibilités multiples. Sous la simplicité du rituel affleure une réalité plus profonde: célébrer sa mère constitue sans doute l’un des rares langages communs à l’humanité.

Aux origines: la mère comme figure sacrée
Bien avant l’ère des cadeaux et des cartes, la maternité occupait une place centrale dans l’imaginaire des peuples anciens.Dans la Grèce antique, Rhéa incarnait la matrice divine. À Rome, Cybele symbolisait la fertilité et la puissance créatrice.
La mère n’y était pas seulement honorée: elle relevait du sacré. Cette reconnaissance fondatrice traverse les siècles, notamment au Royaume-Uni avec le Mothering Sunday, tradition qui invitait déjà au retour aux sources familiales.
Une institution moderne née d’un élan intime
La fête contemporaine trouve son origine dans une démarche profondément personnelle.Celle de Anna Jarvis, qui entreprit de rendre hommage à sa propre mère. Son engagement aboutit en 1914, lorsque Woodrow Wilson officialise la fête aux États-Unis.
Ironie de l’histoire: Jarvis consacrera par la suite une grande partie de sa vie à dénoncer la dérive commerciale de “sa” célébration, qu’elle estimait trahir son sens originel.
Une célébration, des expressions plurielles
Si l’intention est universelle, ses manifestations varient considérablement.
Au Canada, la fête privilégie l’intimité: brunchs, fleurs, moments familiaux.En France, elle conserve une dimension scolaire et artisanale, portée par les créations des enfants.Au Liban et en Égypte, célébrée le 21 mars, elle prend une tonalité plus solennelle et émotionnelle, amplifiée par les médias et la scène publique.
Au Mexique, elle s’élargit en véritable événement collectif. En Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, elle se vit dans une dynamique communautaire, rythmée par les chants et les danses.Au Japon, enfin, un simple œillet rouge suffit à exprimer l’essentiel.

Dire l’indicible: l’art au service du lien maternel
Face à l’intensité du lien maternel, les mots ordinaires montrent vite leurs limites. Les artistes s’en sont saisis.
Dans Dear Mama, Tupac Shakur livre un hommage lucide et poignant.Avec La Mamma, Charles Aznavour transforme la perte en mémoire collective.Dans le monde arabe, Set El Habayeb, immortalisée par Faiza Ahmed, demeure une référence transgénérationnelle.
À cette mémoire musicale s’ajoute la voix de Fairuz, avec Oumi ya Oumi, une prière chantée à la mère, empreinte de douceur et de nostalgie, profondément ancrée dans la culture levantine.
La littérature n’est pas en reste. Dans Mom & Me & Mom, Maya Angelou explore une relation complexe, faite de ruptures et de retrouvailles — rappelant que l’amour maternel, loin d’être uniforme, n’en est pas moins fondamental.

Une constante au-delà des différences
Les formes divergent, les dates varient, les codes évoluent.Certains y voient une célébration sincère, d’autres une dérive consumériste.
Mais au-delà de ces lectures, une constante demeure: la fête des Mères ne relève ni d’une culture particulière, ni d’un cadre religieux, ni d’une époque donnée. Elle s’inscrit dans une expérience humaine partagée.
Avant d’être une tradition, elle est un lien.Un lien qui se comprend sans traduction, et qui, partout, conserve la même intensité silencieuse.

.jpg)






Commentaires