Elles
- Alfred Baroud

- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 1 jour
Des femmes qui participent
à façonner notre époque
Chaque année, la Journée internationale des droits des femmes invite à regarder la société à travers celles qui la façonnent. Derrière les institutions, les entreprises, les initiatives citoyennes ou les débats publics, des femmes occupent aujourd’hui des rôles déterminants et participent activement aux décisions qui influencent notre quotidien.
Pour ce dossier spécial, YALLA magazine a choisi de donner la parole à plusieurs femmes engagées dans des domaines variés — politique, leadership public, engagement communautaire et vie professionnelle. À travers leurs parcours et leurs réflexions, ces entrevues offrent un regard direct sur les responsabilités qu’elles portent, les défis qu’elles affrontent et la vision qu’elles défendent pour l’avenir.
Plutôt qu’un portrait abstrait de la condition féminine, ce dossier présente des voix concrètes. Des femmes qui agissent, qui décident et qui participent à la construction de la société dans laquelle nous vivons.
Les pages qui suivent rassemblent ces conversations. Chacune révèle une trajectoire, une conviction et une manière d’exercer le leadership. Ensemble, elles composent un tableau vivant de l’engagement féminin dans la vie publique contemporaine.
Alfred Baroud
Fondateur


Sona Lakhoyan Olivier - Gouverner, c’est avoir le courage d’ouvrir les débats qui comptent

YALLA magazine - La politique n’est pas qu’une mécanique institutionnelle. Elle est d’abord un acte de responsabilité. Après trois années comme députée de Chomedey, Sona Lakhoyan Olivier défend une vision claire: représenter ne signifie pas simplement occuper un siège, mais porter les réalités concrètes des citoyens avec cohérence, courage et anticipation.
Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population, les défis liés à la santé des femmes, l’avenir des jeunes et la confiance démocratique, elle plaide pour une politique plus humaine, plus proactive et ancrée dans la vie réelle des familles.
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Sona Lakhoyan Olivier revient sur son engagement, les débats qu’elle a choisi d’ouvrir et la responsabilité, selon elle essentielle, de gouverner en prévenant plutôt qu’en réagissant.
Une représentation enracinée dans la réalité
YALLA magazine: Après trois années comme députée de Chomedey, quel regard portez-vous sur votre engagement politique?
Ces trois années m’ont profondément transformée.
On entre en politique avec beaucoup d’idéal et d’énergie. Puis on découvre la complexité des institutions, la lenteur parfois des processus, et surtout le poids immense de la responsabilité que représente la confiance des citoyens.
Avec le temps, j’ai compris quelque chose d’essentiel: les citoyens ne veulent pas seulement être entendus, ils veulent être représentés. Ils veulent se reconnaître dans leurs élus. Ils veulent sentir que leurs préoccupations quotidiennes — la famille, la santé, l’éducation, le coût de la vie — ne sont pas secondaires.
Aujourd’hui, je me sens plus ancrée et plus déterminée.
Être députée, ce n’est pas occuper une fonction. C’est porter la voix des gens avec intégrité et cohérence. Les citoyens ne cherchent pas des discours parfaits. Ils cherchent de l’authenticité, de l’empathie et des résultats concrets.
Un élu ne doit pas parler à la place des citoyens, il doit parler avec leur réalité en tête.
Ramener la politique au service humain des citoyens: je crois que la politique doit redevenir accessible, humaine et ancrée dans la réalité des familles. Les citoyens doivent sentir que leurs préoccupations quotidiennes comptent réellement.
L’engagement comme conviction
YALLA magazine - Qu’est-ce qui vous a motivée à vous lancer en politique, et qu’est-ce qui continue de vous animer aujourd’hui ?
Je ne suis pas entrée en politique par ambition personnelle, mais par conviction. J’ai toujours été animée par le désir de contribuer concrètement à la qualité de vie des citoyens, et à chaque étape de leur vie.
Ce qui continue de m’animer, ce sont les rencontres humaines. Une mère préoccupée par la santé de sa fille. Un parent inquiet du décrochage scolaire de son fils. Un jeune qui cherche sa place. Mais aussi une aînée qui me confie qu’elle ne peut plus payer son loyer après une vie entière de travail.
Chaque âge a ses réalités. Et dans une province où la population vieillit, nous avons le devoir d’agir avec lucidité et responsabilité. Il faut planifier à long terme, pas seulement d’un mandat à l’autre.
Les citoyens n’ont pas seulement besoin de compassion. Ils ont besoin de décisions proactives. Ils ont besoin d’un gouvernement qui anticipe les défis démographiques, qui planifie, qui agit avant que les situations deviennent critiques. Les ainés qui ne peuvent plus payer leurs loyers, les ainés qui n’ont plus accès à un service par téléphone.
En conclusion:
La politique, pour moi, c’est écouter les réalités concrètes et transformer ces réalités en actions structurantes.
Représenter, c’est prévoir. Et prévoir, c’est protéger.
Gouverner, ce n’est pas réagir aux crises. C’est les prévenir.
Ouvrir le débat sur la santé des femmes
YALLA magazine - Pourquoi la santé des femmes est-elle devenue une priorité pour vous ?
Je suis une femme. J’ai vécu les différentes étapes hormonales qui marquent la vie d’une femme. Et j’ai été surprise de constater que, trop souvent, les avancées dans ce domaine surviennent uniquement lorsqu’un événement particulier attire l’attention du ministère de la Santé.
Pourtant, la réalité des femmes traverse toute leur vie — et elle demeure encore trop souvent silencieuse dans l’espace public.
Dès la puberté, les jeunes filles vivent des bouleversements hormonaux et physiques importants. Après l’accouchement, plusieurs traversent un post-partum difficile, parfois dans l’isolement. Puis viennent les fluctuations hormonales, la périménopause, la ménopause, et l’après ! Des étapes naturelles, mais rarement abordées avec sérieux et profondeur dans nos politiques publiques.
Est-ce qu’on en parle suffisamment ?Est-ce qu’on accepte collectivement de s’y pencher ?
Nous sommes au 21ᵉ siècle. Nous avons près de 50 % de femmes élues à l’Assemblée nationale. Nous siégeons à la 43ᵉ législature. Si, avec cette représentation, nous n’affirmons pas clairement que les femmes ont des besoins spécifiques — et qu’il faut au minimum reconnaître ces réalités et ouvrir le débat, alors quand le ferons-nous ?
Si nous, femmes élues, ne portons pas cette voix, nous manquerions à notre responsabilité.
Représenter, ce n’est pas seulement occuper un siège.C’est reconnaître et défendre les réalités spécifiques de celles que nous servons.
Les femmes représentent près de la moitié des citoyens. Nous vivons ces réalités. Nous les comprenons. Nous les ressentons.
Dernièrement, j’ai tenu une conférence de presse pour dire qu’il est temps de normaliser ces discussions. J’ai déposé une motion pour amorcer ce débat à l’Assemblée nationale, mais, elle a été refusée.
Mais un refus parlementaire ne met pas fin à un enjeu de société. Il confirme qu’il reste du travail à faire.
Il ne s’agit pas nécessairement, aujourd’hui, de tout régler en un budget. Il s’agit d’avoir le courage de commencer. D’ouvrir officiellement la conversation. De poser le premier geste.
Parce que les futures générations de députées pourraient un jour regarder en arrière et se demander : « Pourquoi elles n’ont pas amorcé le mouvement ? »
J’ai choisi de ne pas attendre.J’ai choisi d’agir.
En conclusion:
Les grandes réformes ne commencent pas par un budget. Elles commencent par une voix qui ose ouvrir la conversation.

Investir dans le sport, investir dans l’avenir
YALLA magazine - Vous proposez d’investir dans les infrastructures sportives scolaires. En quoi cela peut-il réellement transformer la vie des jeunes ?
Le sport est bien plus qu’une activité physique. C’est un outil d’estime de soi, de discipline, d’appartenance et d’espoir.
Quand un enfant, même au primaire, voit une école secondaire avec un stade, une piste d’athlétisme et des infrastructures sportives modernes, il se projette. Il se dit : « Un jour, moi aussi j’irai là. Moi aussi je ferai partie de cette équipe. »Cela crée une aspiration et une fierté d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi.
Or nous traversons une période préoccupante. Nous voyons le décrochage scolaire, une baisse du nombre de garçons qui poursuivent des études universitaires, et des jeunes attirés par des gangs de rue qui leur offrent un faux sentiment d’appartenance.
En parallèle, il y a aussi la réalité des écrans. Les jeunes passent de plus en plus de temps isolés dans leur univers numérique, parfois chacun dans son coin à la maison.
Les lois seules ne régleront pas cela.
La famille joue un rôle fondamental, bien sûr. Mais le gouvernement doit aussi créer des environnements positifs, accessibles et rassembleurs.
Le sport peut être l’un de ces environnements.
Donner à chaque école secondaire une véritable infrastructure sportive — une piste d’athlétisme, un stade accessible pour le soccer, le football ou le baseball — ce n’est pas seulement construire du béton. C’est créer un lieu d’appartenance.
Un lieu où les jeunes se rassemblent, où les familles viennent encourager leurs enfants, et où toute la communauté peut se retrouver.
Investir dans le sport, ce n’est pas un luxe. C’est investir en prévention :prévention du décrochage,prévention de la délinquance,prévention de l’isolement.
C’est aussi investir dans la santé mentale, la cohésion sociale et la fierté collective.
Et qui sait ? parmi ces jeunes, il y aura peut-être des Olympiens. Mais même s’il n’y en a pas, nous aurons formé des citoyens plus confiants, plus engagés et plus disciplinés.
Parce que parfois, construire un stade, c’est aussi construire une trajectoire de vie.
Conviction et continuité
YALLA magazine - Qu’est-ce qui vous a motivée à vous lancer en politique, et qu’est-ce qui continue de vous animer aujourd’hui ?
Je ne suis pas entrée en politique par ambition personnelle, mais par conviction. J’ai toujours été animée par le désir de contribuer concrètement à la qualité de vie des citoyens, à chaque étape de leur vie.
Ce qui continue de m’animer aujourd’hui, ce sont les rencontres humaines. Une mère préoccupée par la santé de sa fille. Un parent inquiet du décrochage scolaire de son fils. Un jeune qui cherche sa place. Ou une aînée qui me confie qu’elle ne peut plus payer son loyer après une vie entière de travail.
Chaque âge a ses réalités. Et une société qui voit sa population vieillir doit se préparer avec lucidité et responsabilité.
Les citoyens n’ont pas seulement besoin de compassion. Ils ont besoin de décisions proactives. D’un gouvernement qui anticipe les défis démographiques et qui agit avant que les situations deviennent critiques.
Pour moi, la politique, c’est écouter les réalités concrètes et les transformer en actions structurantes. Représenter, c’est prévoir. Et prévoir, c’est protéger.
En conclusion:
Je crois profondément qu’il faut rapprocher la politique de la vie réelle des gens. La confiance ne se décrète pas : elle se construit par la cohérence entre les paroles et les actions.
Parce que gouverner, ce n’est pas seulement réagir aux crises. C’est les prévenir.
Encourager l’engagement démocratique
YALLA magazine - Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes et aux membres de la diaspora qui hésitent à s’impliquer en politique ?
Je leur dirais que, ici, la politique n’est pas réservée à une élite. Elle appartient à tout le monde.
Nous vivons dans une démocratie parmi les plus solides au monde. Ce privilège n’est pas acquis partout. Il doit être compris, protégé et nourri.
Nos parcours, nos identités et nos cultures ne sont pas des obstacles. Ce sont des forces. La diversité apporte des perspectives différentes, une sensibilité plus large aux réalités sociales, et cela enrichit les décisions publiques au bénéfice de tous.
S’impliquer ne signifie pas nécessairement devenir élu. Moi-même, je n’ai pas commencé comme députée. J’ai commencé comme bénévole.
L’engagement commence souvent par de petits gestes: participer, poser des questions, s’informer, contribuer au débat.
Mais surtout, il faut voter.
À tous les niveaux: municipal, provincial et fédéral.
En conclusion:
Voter, c’est exercer un droit précieux. Mais c’est aussi un devoir citoyen.
La démocratie ne se maintient pas par habitude. Elle se maintient par l’engagement.
Et chaque voix compte.
Alors ne laissez jamais les autres décider à votre place.
Mot de clôture
Je crois profondément que la politique doit redevenir un espace de service.Les citoyens veulent être représentés, pas seulement entendus.Ils veulent des décisions proactives, ancrées dans leurs réalités: la santé des femmes, l’avenir des jeunes et le vieillissement de notre population.
Nous avons la responsabilité d’anticiper plutôt que de réagir. De prévenir plutôt que de punir. D’ouvrir des conversations courageuses plutôt que de les éviter.
La démocratie ne s’affaiblit pas par manque d’idées.Elle s’affaiblit lorsque les citoyens cessent de se sentir représentés.
Et tant que j’aurai l’honneur de ce mandat, je choisirai toujours d’agir.

Isabelle Piché et la force tranquille de l’engagement

YALLA magazine - En politique municipale, toutes les voix ne s’imposent pas par le volume. Certaines s’installent par constance, rigueur et cohérence. À Laval, dans le district de Saint-François, Isabelle Piché incarne cette présence déterminée, sans éclat inutile mais avec une conviction assumée.
À l’occasion de la Journée mondiale de la femme, la conseillère municipale revient sur son parcours, sa vision de la complémentarité hommes-femmes en politique et le message qu’elle souhaite transmettre aux jeunes générations.
Un parcours forgé par la persévérance
YALLA magazine: Madame Piché, pouvez-vous vous présenter en quelques mots?
Je suis conseillère municipale du district de Saint-François, à l’est de Laval, depuis 2021. Il s’agissait de ma deuxième campagne électorale.
Ma première remonte à 2009, contre l’administration Vaillancourt. J’ai gagné… pendant 30 secondes. Les journalistes m’attendaient au local électoral, mais le temps que j’arrive, les chiffres s’étaient inversés. Un seul quartier avait fait basculer le résultat.
Je m’étais présentée à Laval-les-Îles à l’époque. J’aime les extrémités. Passer ensuite à Saint-François a marqué mon véritable saut officiel en politique municipale et en politique tout court.

De l’ombre à l’action
YALLA magazine: Qu’est-ce qui vous a amenée vers le service public?
C’est d’abord mon conjoint qui s’est intéressé à la politique municipale en arrivant à Laval. Je l’ai suivi dans cette aventure.
Mais j’ai toujours aimé aider les gens. En restant en arrière-plan, je pouvais soutenir, mais pas agir directement auprès des citoyens. À un moment donné, j’ai ressenti le besoin d’être plus impliquée.
En 2021, j’ai décidé que c’était le moment. De plus en plus de femmes s’engageaient. J’ai rencontré des groupes féminins solidaires qui s’encouragent à entrer en politique. Cette dynamique m’a convaincue qu’il fallait oser.
La complémentarité comme moteur
YALLA magazine: Que représente, selon vous, la présence accrue des femmes dans les conseils municipaux?
Elle apporte une autre dimension, une autre vision.
Dans un couple, un homme et une femme ne pensent pas toujours de la même façon. Pourtant, c’est dans l’ajustement des deux visions que se construit l’équilibre.
En politique, c’est pareil. La complémentarité permet une vision plus globale et plus intégrée. Ce n’est pas une question de supériorité, mais d’équilibre. Trop d’un côté ou de l’autre crée un déséquilibre. Je crois qu’aujourd’hui, au conseil municipal, nous avons atteint une belle harmonie.
Inspirer sans imiter
YALLA magazine: Y a-t-il une femme qui vous a particulièrement inspirée?
Je n’ai pas de modèle précis. Je fonctionne davantage au ressenti. Je m’inspire de mes convictions et de ce que je souhaite apporter. Je préfère tracer mon propre chemin.
Oser sans s’excuser
YALLA magazine: Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes femmes?
D’avoir confiance en elles. De ne pas se limiter parce qu’elles sont des femmes.
Nous sommes aussi compétentes que n’importe qui. Il ne faut pas hésiter à s’exprimer. J’ai tendance à dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas. Cette franchise m’a parfois surprise moi-même, mais elle m’a permis d’avancer.
L’ouverture crée des opportunités. L’audace évite les regrets.
Succès et apprentissages
YALLA magazine: Votre plus grand succès et votre plus grande déception?
Mon plus grand succès est d’avoir remporté mes élections en 2021 et en 2025. Au départ, c’était un défi personnel: étais-je capable d’aller jusqu’au bout? J’ai prouvé que oui.
Ma plus grande déception est de ne pas m’être fait confiance plus tôt dans ma vie. J’aurais voulu foncer davantage dans une carrière perçue comme masculine. Pour diverses raisons, j’ai reculé. Avec le recul, j’aurais dû oser davantage.
Femme et opposante: un double défi?
YALLA magazine: Être femme et membre de l’opposition représente-t-il un défi supplémentaire?
Le fait d’être une femme, je ne le ressens pas particulièrement comme un obstacle. Les citoyens réagissent selon leur satisfaction ou leur frustration, peu importe le genre.
Être dans l’opposition, en revanche, exige un travail accru. Il faut chercher l’information, analyser davantage, travailler deux fois plus fort. C’est exigeant, parfois épuisant, mais formateur.
Regard vers l’avenir
YALLA magazine: Où vous voyez-vous dans quatre ans? Et dans dix ans?
Dans quatre ans, il y aura de nouvelles élections. J’espère toujours représenter mes citoyens et poursuivre ma mission d’aider les autres du mieux possible.
Dans dix ans, je ne sais pas encore. Peut-être aurai-je envie de ralentir, ou peut-être que l’engagement prendra une autre forme. En politique, l’expérience devient une force avec le temps.
Le modèle qu’elle souhaite incarner
YALLA magazine: Quel modèle souhaitez-vous représenter?
Je souhaite incarner la transparence, l’honnêteté et le respect. Les opinions sont parfois très polarisées. Mon objectif est de recentrer les débats pour trouver des décisions communes.
Si je peux influencer, que ce soit par la cohérence entre mes valeurs et mes actions.
Mot de clôture
Merci de m’avoir invitée à m’exprimer dans le cadre de la Journée mondiale de la femme.
Les femmes doivent choisir leur niveau d’engagement, que ce soit en coulisses, en bénévolat ou en première ligne. Chaque implication compte.
Plus les femmes participent aux décisions, à tous les paliers et dans tous les partis, plus l’équilibre est présent.
Et pour moi, l’équilibre demeure essentiel.

Nadine Moussa, l’audace d’être libre dans un monde qui résiste

YALLA magazine - Certaines femmes entrent dans l’arène publique par vocation. D’autres y entrent par nécessité intérieure. Nadine Moussa appartient à cette seconde catégorie. Avocate, candidate à l’élection présidentielle du Liban en 2014, figure assumée dans un univers politique marqué par le patriarcat, elle incarne une voix qui ne demande ni permission ni validation.
À l’occasion de la Journée mondiale de la femme, elle revient sur les tournants décisifs de sa vie, les résistances rencontrées et la force intérieure qui nourrit son engagement.
Le jour où le doute des autres est devenu sa force
YALLA magazine: Quel moment a marqué un véritable tournant dans votre vie?
Cela peut sembler anecdotique, mais le vrai tournant est arrivé juste après mon baccalauréat.
J’ai annoncé à ma famille que je voulais étudier le droit. Ils ont ri. « Toi, faire du droit? »
Cette réaction m’a blessée. Elle m’a presque découragée. Heureusement, seulement presque. Très vite, quelque chose s’est déclenché en moi.
J’ai commencé à travailler avec une motivation et une détermination incroyables. Au départ, peut-être pour prouver aux autres qu’ils avaient tort. Mais rapidement, c’est devenu un engagement envers moi-même: me prouver que j’étais capable d’aller jusqu’au bout de mes ambitions.
La justice comme boussole
YALLA magazine: Quelle valeur guide le plus vos décisions?
Le sens de la justice.
C’est ce qui m’a attirée vers le droit, et c’est ce qui continue de guider chacune de mes décisions aujourd’hui.
L’obstacle qui forge
YALLA magazine: Quel obstacle vous a le plus transformée?
Les attitudes patriarcales qui persistent dans notre société.
En tant que femme avocate et candidate à l’élection présidentielle, j’ai souvent été ignorée, invisibilisée. On a douté de mes compétences simplement parce que je suis une femme.
Dans cette culture patriarcale, on laisse entendre que seuls les hommes seraient légitimes pour parler, décider ou diriger. Ces attitudes étouffent les voix des femmes.
Mais nous persistons. Et c’est un combat que nous menons avec détermination.
Le leadership selon Nadine Moussa
YALLA magazine: Comment définissez-vous le leadership aujourd’hui?
Le leadership repose sur quatre conditions indispensables: la vision, le courage, le charisme et la stratégie.
Il faut le courage de se mettre en première ligne pour défendre sa vision, le charisme pour convaincre de sa justesse, et la stratégie pour la concrétiser.
Un vrai leader ne cherche pas à se mettre en avant. Il valorise son équipe, apprend des autres et n’a jamais peur de s’entourer de personnes plus compétentes que lui.
Le conseil aux jeunes femmes
YALLA magazine: Quel conseil donneriez-vous à une jeune femme qui débute dans votre domaine?
Je lui dirais: deviens indépendante. Excelle dans ton domaine. Travaille avec passion et compassion. Prépare tes actions avant d’agir.
J’aurais aimé que mes conseils s’arrêtent là. Mais le monde du travail demeure plus dur pour les femmes.
Toute ma vie, j’ai constaté la justesse de la phrase de Charlotte Whitton:
“Whatever women do, they must do twice as well as men to be thought half as good.”« Quoi que fassent les femmes, elles doivent le faire deux fois mieux que les hommes pour être considérées comme deux fois moins bonnes. »
Mais elle ajoutait aussi:
“Luckily, this is not difficult for them!”« Heureusement, ce n’est pas difficile pour elles! »
Je partage cette conviction.
La réussite selon elle
YALLA magazine: Que signifie la réussite pour vous?
Que mes filles soient fières de ce que j’ai accompli.
Qu’elles portent notre nom avec fierté, force et confiance.
L’épreuve qui l’a révélée
YALLA magazine: Quelle expérience vous a le plus renforcée?
Ma candidature à l’élection présidentielle du Liban en 2014.
Ce fut un marathon sans fin, mais un marathon qui m’a poussée à me dépasser intellectuellement et politiquement.
J’ai élaboré un programme politique complet, approfondi ma compréhension des politiques publiques économiques, sociales et institutionnelles.
Cette expérience m’a ouverte à l’international: invitations à la Ligue arabe, entrevues au Brésil et en Turquie, participation à des conférences de haut niveau.
Rien de cela n’aurait été possible sans un travail intellectuel rigoureux et un renforcement personnel préalable.
Authenticité et liberté
YALLA magazine: Comment définissez-vous votre influence?
Mon influence vient de mon authenticité et de ma franchise, même si cela m’a parfois coûté cher.
Je suis restée moi-même. Je n’ai jamais joué un rôle. J’ai toujours pris position pour ce que je considérais juste, et je l’ai fait haut et fort.
On m’a reproché d’être incontrôlable. Cela m’a fermé certaines portes. Mais j’y ai gagné en crédibilité.
Je suis restée un esprit libre. Et cela n’a pas de prix.
Une phrase pour résumer son parcours
YALLA magazine: Si vous deviez résumer votre parcours en une phrase?
Le slogan que j’avais choisi pour ma campagne:
"Sayida 7orra moustaqella". Cette expression signifie: femme souveraine, libre et indépendante.
Le mot sayida désigne à la fois la femme et la souveraine — celle qui se tient debout avec dignité et autorité.
La source de l’énergie
YALLA magazine: Vous parlez souvent de combat. D’où puisez-vous cette énergie?
De ma foi.
Ma foi en Jésus Christ, ma foi dans la justesse de mes convictions, et ma foi en moi-même.

Carmen Labaki: entre mémoire, courage et décisions irréversibles

YALLA magazine - Il y a des parcours façonnés par la guerre, l’exil, les choix audacieux et l’indépendance précoce. Carmen Labaki appartient à cette génération qui a grandi trop vite, mûri sous les bombes et construit sa trajectoire entre plusieurs continents.
À l’occasion de la Journée mondiale de la femme, elle revient sans détour sur les décisions qui ont bouleversé sa vie, les épreuves qui l’ont renforcée et la vision lucide qu’elle porte sur son pays et sur elle-même.
Le choix d’un retour décisif
YALLA magazine: Quel moment de votre parcours a marqué un véritable tournant dans votre vie professionnelle ou personnelle?
Le véritable tournant de ma vie professionnelle et personnelle a été ma décision de rentrer au Liban en 2001, alors que je vivais au Brésil, étant Brésilienne aussi de nationalité. Ce choix n’a pas été facile, et encore aujourd’hui, il m’arrive de me demander ce qu’aurait été ma vie si j’étais restée. Pourtant, je sais aussi que sans ce retour, je n’aurais probablement jamais construit le parcours professionnel qui est le mien aujourd’hui. Mais vous dire que je ne regrette pas cette décision avec tout le poids et les défis qui existent au Liban ? Si, je le regrette à chaque instant.
Sur le plan personnel, cette décision m’a fait comprendre à quel point une vie peut basculer autour d’un simple “oui” ou d’un “non”. J’aurais pu rester, me marier (j’avais été demandée en mariage), mais j’ai choisi une autre voie. Et même si l’on avance avec conviction, la question demeure toujours quelque part : Avons-nous pris la bonne décision ? Une part de nous continue parfois à imaginer la vie parallèle qui aurait pu exister. Et ce doute fait partie du chemin, mais il rappelle surtout à quel point chaque choix façonne profondément notre destin.
L’honnêteté comme fondement
YALLA magazine: Quelle valeur guide le plus vos décisions?
L’honnêteté. Être honnête envers les autres est important, mais être honnête envers soi-même l’est encore davantage. J’ai toujours essayé de rester alignée avec mes convictions, même lorsque cela impliquait des choix difficiles. La transparence aussi, car au final, les décisions que nous prenons doivent pouvoir nous laisser en paix avec nous-mêmes.
Une génération marquée par la guerre
YALLA magazine: Quel obstacle vous a le plus transformée?
La guerre au Liban. La guerre vous fait mûrir bien trop vite. On apprend les gestes de survie avant d’apprendre l’insouciance. On sait reconnaître le sifflement d’une bombe, se jeter au sol pour se protéger. On vit avec la peur, l’angoisse, et avec la conscience très concrète de la fragilité de la vie.
Je me souviens de mon arrivée tardive à l’université en France, à la fin de la guerre. Pendant une pause, j’ai vu une étudiante pleurer tout simplement parce qu’il n’y avait pas assez de neige pour le séjour de ski qu’elle avait réservé. À cet instant, j’ai ressenti un décalage immense. Au même âge, nous ne portions pas la même mémoire. Moi, je venais d’un monde où l’on voyait la mort de près, où chaque jour était une question de survie.
Je n’ai rien dit. Je n’étais pas là pour raconter l’enfer que nous avions traversé. Mais intérieurement, je mesurais la distance entre nos réalités. Comme beaucoup de ma génération, nous avons perdu une part de légèreté. Pourtant, cette épreuve nous a forgés. Je me souviens aussi un jour, alors que les bombes explosaient au loin, mon père m’a dit : « Fais-moi du café et viens t’asseoir avec moi au balcon ». A ma réaction de peur, il a froncé ses sourcils ; un geste qui valait mille mots : Il m’a appris à rester forte, rester maitresse de soi. Ce moment de faiblesse ne lui plaisait pas. A cette époque, froncer les sourcils était presque un langage en soi.
Leadership et féminité assumée
YALLA magazine: Comment définissez-vous le leadership aujourd’hui?
C’est la capacité à mener la barque avec assurance, maturité et calme, tout en restant féminine. Quand je parle de féminité, ce n’est pas du féminisme vulgaire, ce type de féminisme qui prétend vouloir l’égalité mais finit par chercher à avoir plus de droits que les hommes, et de manière effrontée.
A mes yeux, plus on est dans l’élégance, dans la grâce, la confiance en soi, et plus on réussit à gérer efficacement notre vie. Gérer une entreprise, la famille, les projets, les défis quotidiens, les relations…Tout.
Passion plutôt que reconnaissance
YALLA magazine: Avez-vous déjà ressenti qu’il fallait en faire davantage pour être reconnue ?
Je ne sais pas “en faire davantage” que ce que je suis. Tout ce que je fais, je le fais avec passion. Dans un autre contexte, je peux donner encore plus, mais par amour pour l’Histoire, la Culture et l’Art, et non pour la volonté d’être reconnue.
La pression en solitude
YALLA magazine: Comment gérez-vous la pression dans les moments déterminants?
Très bizarrement, je gère la pression seule. Je ne sais la gérer que seule. J’ai un besoin profond de solitude. Je suis quelqu’un qui intériorise beaucoup. Dans les douleurs comme dans les joies, j’ai appris à ne plus me confier à quelqu’un. Ou bien très rarement. J’ai appris que nos problèmes nous appartiennent et que c’est à nous seuls de les affronter et de les résoudre, et que personne ne saura le faire à notre place. Je considère aujourd’hui que c’est une perte de temps que de les confier à quelqu’un, qui d’ailleurs, étant loin de l’essence même du problème, pourrait endommager les choses beaucoup plus qu’aider. Cette autonomie émotionnelle me rend plus forte, et mes décisions sont plus rapides. Je peux les gérer aussi à travers la musique, le sport et la prière. Cependant, le plan de secours le plus efficace et rapide serait de faire des choses seule ; voyager, aller au cinéma, au restaurant ou à la plage. Ces moments me permettent de me reconnecter à moi-même, de réfléchir et de retrouver mon équilibre.
La passion comme moteur
YALLA magazine: Quel conseil donneriez-vous à une jeune femme qui débute dans votre domaine?
Avoir la passion. Sans passion, il est impossible de durer dans ce métier. Et j’en connais qui ont lâché dès les premiers mois. Il faut aussi oser. Oser aller vers l’autre, même si on reçoit une réponse brusque, humiliante quelquefois. Lorsque j’étais étudiante à Paris, j’appelais quelques responsables pour une requête spécifique, et je recevais de grosses claques au téléphone, par des gens imbus d’eux-mêmes. Je me disais qu’au final, je ne les connais pas et ils ne me connaissent pas, et je n’ai jamais flanché. Il faut donc être très fort et résister à cela. Personnellement, ce genre de comportement me pousse à aller de l’avant. Ça dépend aussi du caractère de chaque personne.
La réussite en paix
YALLA magazine: Que signifie la réussite pour vous?
La réussite pour moi, ce n’est pas être applaudie, mais être en paix avec ce que je construis. C’est me dire que ce que je laisse derrière moi a du sens. Mais aussi la réussite exige parfois de s’éloigner de ceux qui nous freinent. Les gens toxiques bloquent notre parcours. Il faut être exigent et ne pas les laisser trainer sur notre chemin de vie. Moi-même, en ce sens, je suis drastique. Je ne perds même pas mon temps à les chasser. Je disparais, tout cours. Et quand je disparais, il n’y a pas de retour.
Organisation et exigence
YALLA magazine: Comment conciliez-vous ambition et équilibre personnel?
Par l’organisation totale. Je ne peux pas travailler dans le désordre, ni matériel ni moral. J’ai besoin d’un espace propre et harmonieux pour être pleinement productive, et cette même rigueur m’accompagne dans tout ce que je fais ou j’entreprends. Tout doit être clair, pensé et maitrisé. Je ne m’engage que dans ce qui me ressemble. Et avec le temps, j’ai appris à ne pas tout accepter. Par exemple si un projet ne me correspond pas, je préfère passer mon tour.
L’indépendance à 14 ans
YALLA magazine: Quelle expérience vous a le plus renforcée?
C’est mon indépendance précoce. Lorsque j’ai eu mes 14 ans, mes parents m’ont envoyée à Paris, à cause de la guerre. J’y suis restée pour deux ans, pratiquement seule.
Ma sœur, plus âgée de sept ans, était officiellement ma tutrice, mais elle avait ses études universitaires et sa vie. Nous habitions le même foyer, chacune sa chambre. Nous nous voyions surtout le dimanche matin pour la messe et le déjeuner, puis chacune repartait à ses occupations. Pendant ces deux années, j’ai appris à me débrouiller entièrement seule. Je rangeais ma chambre, je préparais mes repas, j’allais à l’école seule, je gérais mes horaires, mes sorties, mes devoirs, mes décisions.
Mes parents ne faisaient que passer furtivement à l’aéroport, faisant Beyrouth - Paris - São Paulo. Je prenais la permission de l’école pour quitter les cours et aller les voir, de loin, séparés par des barrières ; donc sans les toucher. Quelquefois, avec un peu de chance - et si le gardien de sécurité le permettait - ils pouvaient me passer un sac de provision (Zaatar, confiture faite maison, mankoucheh toute fraiche…) Une seule fois, j’ai pu les serrer dans mes bras. Et je devais assumer mon retour en classe avec un cœur brisé en deux.
Après avoir déjà mûri à cause de la guerre, cette indépendance m’a fait grandir encore plus vite. Elle m’a donné une autonomie profonde, et qui ne m’a plus jamais quittée.
L’épreuve du divorce
YALLA magazine: Y a-t-il un échec qui vous a davantage appris qu’un succès?
Oui, mon divorce. On ne s’attend jamais vraiment à devenir une femme divorcée. C’est une épreuve personnelle, mais aussi un défi dans une société qui réagit brutalement face à cette réalité. Je considère le divorce comme un échec, parce que l’on aspire toujours à construire une vie de couple réussie. Mais avec le recul, je dirais que cette épreuve m’a rendue plus consciente de mes capacités, surtout dans l’éducation de mes enfants.
Figures d’inspiration
YALLA magazine: Quelle femme vous inspire actuellement?
J’aurais du mal à choisir une seule femme. Il y a quatre femmes très différentes qui m’inspirent chacune à leur manière. Charlotte Casiraghi, pour sa culture et sa passion pour les livres, une passion que je partage. Charlotte Gainsbourg, que j’admire pour son style et son élégance. Carla Bruni, dont le parcours est fascinant, de mannequin à première dame puis chanteuse. Et Lady Diana, pour sa fragilité apparente, mais aussi en parallèle, pour son charisme incroyable qui l’a rendue « princesse des cœurs ».
L’évolution nécessaire
YALLA magazine: Qu’est-ce qui doit encore évoluer dans notre société concernant la place des femmes?
C’est un travail à deux. Au Liban, beaucoup d’hommes restent ancrés dans une éducation traditionnelle qui place la femme en second rang, et cela se voit beaucoup dans la façon dont elles sont traitées, en politique par exemple. Mais certaines femmes ont aussi un rôle à jouer : il est important de rester authentique, naturelle, et de ne pas céder au superficiel ou à l’excès. Certaines par exemple se défigurent ou imitent des modèles extérieurs, et cela reflète un manque d’acceptation d’elles-mêmes. Il y a là aussi l’importance de l’éducation et de la perception sociale. Quand une femme s’accepte pleinement, avec assurance et naturel, elle oblige les hommes à la respecter. L’évolution de la place des femmes passe donc autant par un changement chez les hommes que par un changement chez les femmes.
Une qualité essentielle
YALLA magazine: Quelle qualité considérez-vous essentielle pour avancer avec assurance?
La discrétion. Une femme envahissante est une femme sans assurance.
Regard dans dix ans
YALLA magazine: Comment souhaitez-vous être perçue dans dix ans?
Quelqu’un qui a contribué à l’Histoire et à la Mémoire du Liban.
Message aux générations futures
YALLA magazine: Quel message adressez-vous aux générations futures?
Bouger. Mon plus grand ennemi, c’est la paresse, l’inaction ; surtout chez les jeunes d’aujourd’hui, avec tout ce que peut leur offrir cette panoplie des réseaux sociaux. Voir quelqu’un passer sa journée sans rien faire, ou bien dormir tard et se réveiller tard !! Quel gâchis ! Mais attention, ça ne veut pas dire que savourer un thé tranquillement, se reposer, se dorer au soleil, flâner une journée à la plage n’est pas une action ! Il faut juste savoir conjuguer action et plaisir pour avancer dans la vie.
L’audace d’entreprendre
YALLA magazine: Quelle décision audacieuse a changé votre trajectoire?
Avoir ouvert ma propre maison de production en 2009. C’était ma façon d’être indépendante et libre dans mes projets et mes choix, et de créer exactement ce que je voulais, sans compromis. Cela m’a aussi donné un cadre reconnu, une référence professionnelle, qui m’a permis de travailler avec d’autres entités et partenaires de manière crédible ; pas seulement en tant que personne, mais en tant que société.
Son influence
YALLA magazine: Comment définissez-vous votre influence?
Les gens me disent souvent que mon énergie et ma passion pour ce que je fais se reflètent dans mes films. Donc je crois que je leur donne envie de bouger et de réaliser leurs rêves. Justement, le contraire de la paresse :)
Une vision lucide
YALLA magazine: Quelle est votre vision pour les prochaines années?
Pour être honnête, je suis assez pessimiste pour le Liban et la région en général. Après cette série de documentaires sur laquelle je travaille depuis 2 ans, je vois combien les Libanais ont détruit ce que les étrangers avaient construit. Je crois que nous ne savons pas diriger un pays et que nous ne méritons pas notre indépendance.
Personnellement, je n’ai plus envie de m’investir autrement que dans la transmission de l’histoire et de la culture du Liban. Je n’ai jamais manifesté, jamais rejoint de parti politique, et même le vote m’a parfois semblé inutile. Après 50 ans, voir le pays régresser encore et encore me laisse sceptique quant à sa capacité à se relever.
Heureusement, tout le monde ne pense pas comme moi, et c’est bien ainsi. Mais j’ai le droit d’avoir ma propre vision.
Une phrase pour résumer
YALLA magazine: Si vous deviez résumer votre parcours en une phrase, quelle serait-elle?
Belle est la vie, mais folle…et fatigante. Et il n’est pas question que je refasse le voyage en boucle. Je prie très fort pour que la réincarnation ne soit qu’une légende.

May Chahine ou la science au service de la transmission

YALLA magazine - Certaines trajectoires impressionnent par leur complexité. D’autres inspirent par leur profondeur. Le parcours de May Chahine conjugue les deux. Ingénieure mécanique, titulaire d’un doctorat en génie des procédés et énergétique, elle a évolué dans des domaines scientifiques parmi les plus exigeants avant de faire un choix déterminant: transformer l’excellence en transmission.
À l’occasion de la Journée mondiale de la femme, YALLA magazine met en lumière une femme qui a su convertir le courage du départ, la force de l’épreuve et l’audace d’entreprendre en une vision structurée, ambitieuse et profondément alignée.
L’évidence intellectuelle
YALLA magazine: Qu’est-ce qui vous a menée vers le génie mécanique et des domaines aussi exigeants que la combustion et l’énergie?
Mon intérêt pour le génie mécanique s’est imposé comme une évidence intellectuelle. Les phénomènes complexes liés à l’énergie, à la combustion ou aux fluides exigent une précision extrême et une discipline de pensée rigoureuse.
Cette formation a façonné ma manière d’analyser le monde: structurée, méthodique et orientée vers la résolution durable des problèmes.
Quand la transmission devient centrale
YALLA magazine: À quel moment la transmission est-elle devenue essentielle dans votre parcours?
Avec le temps, j’ai compris que l’excellence scientifique n’a de véritable portée que lorsqu’elle est partagée.
La transmission du savoir transforme les trajectoires. Elle redonne confiance, structure la pensée et ouvre des horizons. Cette conviction m’a naturellement menée vers l’enseignement et l’accompagnement académique.
Se redéfinir par l’immigration
YALLA magazine: Comment l’immigration a-t-elle redéfini votre identité?
Immigrer signifie accepter de se redéfinir. Quitter ses repères pour reconstruire ailleurs demande plus que des compétences: cela exige une force intérieure.
Repartir de zéro m’a appris que la véritable solidité repose sur l’adaptabilité et sur une confiance silencieuse en ce que l’on sait faire.
L’enseignement comme responsabilité
YALLA magazine: Pourquoi parlez-vous d’enseignement comme d’une mission?
Parce qu’enseigner dépasse la simple transmission d’un programme. Il s’agit d’accompagner une évolution, de bâtir une pensée structurée et de contribuer à l’avenir, une personne à la fois.
Dans le contexte actuel, former des jeunes confiants et compétents est une responsabilité sociétale.
L’épreuve comme révélateur
YALLA magazine: Comment une épreuve personnelle peut-elle transformer une trajectoire?
La perte de ma mère a été un moment fondateur. Elle m’a confrontée à l’essentiel.
Cette épreuve m’a enseigné la résilience, la maturité émotionnelle et l’urgence de vivre avec intention. Depuis, chaque projet que j’entreprends doit porter du sens.
De la vision à l’action: Tutorat Excellence
YALLA magazine: Comment est née Tutorat Excellence?
Ce projet existait en moi depuis longtemps. Il a émergé à un moment où j’ai ressenti le besoin de concrétiser une vision claire: offrir un encadrement académique structuré, exigeant et humain.
Tutorat Excellence représente aujourd’hui bien plus qu’une entreprise. C’est une extension naturelle de mes valeurs.

L’apprentissage de l’entrepreneuriat
YALLA magazine: Qu’est-ce que l’entrepreneuriat vous a appris?
Que la construction durable exige patience et discipline.
L’ambition ne se mesure pas à la vitesse, mais à la solidité des fondations. Entreprendre, c’est accepter l’incertitude tout en restant fidèle à sa vision.
Le rôle de l’échec
YALLA magazine: Quel rôle l’échec a-t-il joué dans votre évolution?
Un projet dans lequel j’avais investi beaucoup d’énergie n’a pas abouti comme prévu. Cette expérience m’a appris à distinguer rapidité et précipitation.
Elle a renforcé ma capacité à structurer mes décisions et à privilégier la vision à long terme.
Le leadership par la cohérence
YALLA magazine: Quelle valeur guide votre leadership?
L’authenticité.
Je ne cherche pas à multiplier les actions pour être visible, mais à rester alignée avec mes convictions. La cohérence intérieure est, selon moi, la base d’un leadership solide.
L’influence comme éveil
YALLA magazine: Comment définissez-vous l’influence?
L’influence se mesure dans la confiance que l’on éveille chez les autres.
Si une jeune femme ose davantage après un échange, alors l’impact est réel. Inspirer, c’est transmettre la certitude que le possible existe.
Une vision pour l’avenir
YALLA magazine: Quelle vision portez-vous pour les prochaines années?
Développer des projets à forte valeur éducative et humaine, bâtir une croissance structurée et durable, et continuer à évoluer sans jamais perdre mon essence.
Résumer sa trajectoire
YALLA magazine: Si vous deviez résumer votre parcours en une phrase?
Une trajectoire construite avec courage, transformant les épreuves en force et l’audace en impact durable.

Janny Gaspard: ouvrir des chemins pour les autres

YALLA magazine - Créer des opportunités là où il n’en existait pas, inspirer les femmes à croire en leur potentiel et bâtir des espaces où les idées se transforment en actions: voilà ce qui définit le parcours de Janny Gaspard.
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, elle revient sur son engagement, sa vision du leadership et l’impact qu’elle souhaite laisser au sein de la société québécoise.
Une vision du leadership tournée vers l’impact
YALLA magazine: Comment définiriez-vous votre mission aujourd’hui?
Créer des opportunités là où il n’en existait pas. Inspirer les femmes à croire en leur potentiel et bâtir des espaces où les idées peuvent se transformer en actions. Pour moi, le leadership ne consiste pas seulement à occuper une position. Il consiste avant tout à ouvrir des chemins pour les autres.
Un parcours ancré dans la communication et la politique
YALLA magazine: Comment votre formation a-t-elle façonné votre vision du leadership?
Je suis diplômée d’un baccalauréat en communication politique de l’Université de Montréal et d’un baccalauréat ès arts de l’Université Concordia. Cette formation m’a permis de développer une solide compréhension des dynamiques sociales et politiques qui façonnent nos sociétés.
Combinée à mon expérience professionnelle au sein d’organisations reconnues, elle m’a donné une expertise précieuse dans la compréhension des institutions et des enjeux publics.

L’entrepreneuriat social comme levier
YALLA magazine: Qu’est-ce qui vous a menée vers l’entrepreneuriat social?
C’est dans l’entrepreneuriat social que ma vision a réellement pris son ampleur. En fondant Femme qui Fonce, j’ai voulu créer une plateforme dédiée à l’autonomisation des femmes afro-canadiennes.
Notre mission est d’offrir des outils de développement personnel et professionnel afin de permettre aux femmes de réaliser leur plein potentiel. À travers des conférences, des ateliers, des programmes de mentorat et des événements de réseautage, nous contribuons à renforcer la confiance, le leadership et les opportunités pour de nombreuses participantes.
Mettre en lumière des modèles inspirants
YALLA magazine: Quels projets ont marqué votre parcours entrepreneurial?
Les Conférences Elle Fonce font partie des projets phares. Elles ont rassemblé des centaines de femmes autour de discussions inspirantes sur le leadership, l’entrepreneuriat et la réussite professionnelle.
J’ai également lancé le magazine ELLE FONCE, une publication qui met en lumière les parcours inspirants de femmes issues de la diversité. Il est important d’élargir les modèles de réussite visibles dans notre société.
Structurer l’influence
YALLA magazine: Vous avez récemment lancé CommuniQArt. Quelle est la vision derrière cette initiative?
CommuniQArt est une firme de communication stratégique à travers laquelle j’accompagne entrepreneurs, leaders et organisations dans le développement de leur message, de leur visibilité et de leur influence.
J’anime également un podcast consacré à l’art de communiquer. J’y partage des conversations et des outils pratiques pour aider les entrepreneurs et les leaders à mieux structurer leurs idées, affirmer leur vision et renforcer leur impact.
Engagement en gouvernance et participation citoyenne
YALLA magazine: Votre implication dépasse le cadre entrepreneurial. Pourquoi cet engagement en gouvernance?
Je siège notamment au conseil d’administration de À Voix Égales / Equal Voice, une organisation nationale qui encourage la participation des femmes en politique. J’ai également contribué à plusieurs conseils d’administration et initiatives économiques.
La participation citoyenne est essentielle. C’est pourquoi je me suis aussi impliquée en politique, notamment comme candidate aux élections municipales et provinciales. Il est important que les femmes soient présentes dans les espaces de décision.
Une reconnaissance internationale
YALLA magazine: Votre leadership a été reconnu à plusieurs reprises. Que représentent ces distinctions pour vous?
J’ai eu l’honneur d’être finaliste au concours ARISTA dans la catégorie Jeune leader du Québec – Responsabilité sociale. Je figure parmi les 100 femmes noires à surveiller au Canada et j’ai été sélectionnée dans la campagne internationale 100 entrepreneures qui changent le monde selon les critères d’ONU Femmes. J’ai également reçu la distinction MWALI – Femme de mérite.
Ces reconnaissances confirment l’impact du travail accompli, mais elles renforcent surtout ma responsabilité de continuer à agir.
Un rayonnement au-delà des frontières
YALLA magazine: Votre parcours vous a menée à l’international. Qu’avez-vous retiré de ces expériences?
J’ai participé à plusieurs programmes internationaux de leadership, notamment à Harvard University, à Miami International University et à la Ludwig-Maximilians-Universität en Allemagne.
J’ai également pris part à des forums internationaux à Washington, Paris et Haïti. Ces expériences m’ont permis d’échanger avec des leaders et entrepreneurs du monde entier et d’élargir ma perspective sur les enjeux globaux.
La réussite comme impact collectif
YALLA magazine: Comment définissez-vous la réussite?
Pour moi, la réussite ne se mesure pas uniquement en accomplissements personnels, mais à la capacité de créer un impact durable.
Lorsque l’on inspire une femme à croire en son potentiel, on transforme bien plus qu’un parcours individuel: on transforme une communauté.
Une vision pour demain
YALLA magazine: Quelle est votre vision pour les prochaines années?
Je souhaite continuer à contribuer à bâtir une société plus inclusive où les femmes peuvent pleinement exercer leur leadership et accéder aux espaces de décision.
Mon engagement entrepreneurial, mon implication en gouvernance et ma participation active à la vie démocratique s’inscrivent dans cette vision.
Mot de clôture
YALLA magazine: Si vous deviez résumer votre parcours en une conviction?
Lorsqu’une femme ose agir avec courage, vision et détermination, elle ne transforme pas seulement sa propre trajectoire: elle ouvre la voie aux générations futures.

Nadine Ghorayeb - L’humanité comme boussole, le droit comme engagement

YALLA magazine - Derrière les titres universitaires et les distinctions académiques se cache souvent une trajectoire intérieure façonnée par des épreuves, des convictions et une quête de sens. Docteure en droit privé, titulaire du CAPA et avocate assermentée depuis mars 2004, Nadine Ghorayeb incarne une vision du droit profondément humaine.
Son parcours académique d’excellence — du DESS de juriste d’affaires à la maîtrise en droit privé carrières judiciaires, en passant par une double formation en droit public et privé — ne se limite pas à la technicité juridique. Il s’ancre dans l’empathie, l’intégrité et la défense des plus vulnérables.
À travers son engagement, elle rappelle que le leadership ne se mesure pas à la reconnaissance extérieure, mais à la cohérence intérieure; que la réussite ne réside pas dans l’accumulation, mais dans l’épanouissement; et que le combat pour l’égalité demeure un chantier vivant.
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Nadine Ghorayeb partage une réflexion lucide sur la résilience, la responsabilité morale et la nécessité d’agir avec humanité — jusqu’au bout.
Un tournant déterminant
YALLA magazine: Quel moment de votre parcours a marqué un véritable tournant dans votre vie professionnelle ou personnelle?
La soutenance de ma thèse en septembre 2003.
Les valeurs fondatrices
YALLA magazine: Quelle valeur guide le plus vos décisions?
L'EMPATHIE, L'HUMANITÉ ET L'HONNÊTETÉ.
Une épreuve intime
YALLA magazine: Quel obstacle vous a le plus transformée?
LA MORT DE CEUX QUE J'AIME m'a transformée dans ma mission et dans ma façon d'appréhender les obstacles et la vie.
La définition du leadership
YALLA magazine: Comment définissez-vous le leadership aujourd’hui?
Tout leader doit savoir allier fermeté, respect, écoute, humanité, courage et équité.
Reconnaissance et introspection
YALLA magazine: Avez-vous déjà ressenti qu’il fallait en faire davantage pour être reconnue?
Parfois, je l'ai ressenti par le passé, lorsque je vivais à travers le regard et l'appréciation des autres.
Après des années d'expérience et d'introspection, à l'heure actuelle, je ne cherche pas la reconnaissance des autres, tout passe par la confiance en soi et un travail sur soi en vue de son bien-être.On doit d'abord s'aimer et avoir confiance en soi.La reconnaissance par des tiers et davantage est une notion qui me dérange.Elle a une dimension subjective. L'idée même consécutive à la recherche davantage de reconnaissance et la promotion de cette dépendance est immorale et condescendante. Il s'agit d'une question philosophique.
Plus objectivement, le combat demeure lorsque l'on est une femme.
Je pense que le combat concernant l'égalité entre Hommes et femmes est loin d'être terminé dans certains domaines tel que celui du travail.Par exemple, en matière d'égalité des salaires entre Hommes et Femmes en France, nous sommes loin d'arriver au résultat escompté malgré l'arsenal législatif européen et français tendant vers cette égalité.Des efforts colossaux restent à fournir. Des mentalités doivent évoluer.
Les Femmes ont l'avantage d'être polyvalentes, de faire plusieurs choses à la fois et de penser à plusieurs choses à la fois.
La réussite
YALLA magazine: Que signifie la réussite pour vous?
Réussir est lié à l'ambition.Réussir selon moi correspond à l'aboutissement et la réalisation des objectifs que l'on se fixe.Ce n'est pas la poursuite de la richesse mais plutôt du bonheur. La réussite c'est l'alliage savant entre des moments de joie et de bonheur avec un épanouissement tant dans sa vie professionnelle que personnelle.
Ambition et équilibre
YALLA magazine: Comment conciliez-vous ambition et équilibre personnel?
Le secret réside dans une bonne organisation et le lâcher prise.
Une expérience renforçante
YALLA magazine: Quelle expérience vous a le plus renforcée?
La polyvalenceÉcrire des icônes, mon roman, des poèmes; jouer du piano. Et qui sait? Réaliser bientôt un film de fiction.
L’échec formateur
YALLA magazine: Y a-t-il un échec qui vous a davantage appris qu’un succès?
Placer sa confiance aveuglément dans la mauvaise personne est l'échec le plus cuisant de ma vie.

Figures d’inspiration
YALLA magazine: Quelle femme vous inspire actuellement?
Plusieurs.
Les regrettées Simon VEIL, Gisèle HALIMI, Olympe de GOUGES assurément.
Actuellement Madame Elisabeth BADINTER.
Ce qui doit évoluer
YALLA magazine: Qu’est-ce qui doit encore évoluer dans notre société concernant la place des femmes?
La violence faite aux femmes, la lutte contre les raisons de prostitution et de pédophilie. L'égalité intellectuelle entre hommes et femmes.
Qualités essentielles
YALLA magazine: Quelle qualité considérez-vous essentielle pour avancer avec assurance?
Il y en a trois qui me sont chères et non une seule. La confiance en soi d'abord, puis la sagesse et beaucoup de patience, même si dans certains cas, il est difficile d'en avoir.
Regard vers l’avenir
YALLA magazine: Comment souhaitez-vous être perçue dans dix ans?
Avec humour et amour.
Message aux générations futures
YALLA magazine: Quel message adressez-vous aux générations futures?
Il ne faut pas perdre son humanité et lire des livres. pleins de livres.
Décision audacieuse
YALLA magazine: Quelle décision audacieuse a changé votre trajectoire?
Ecrire une lettre de motivation en poésie pour être choisie en troisième cycle de droit.
Son influence
YALLA magazine: Comment définissez-vous votre influence?
J'espère bonne.
Résumer un parcours
YALLA magazine: Si vous deviez résumer votre parcours en une phrase, quelle serait-elle?
Mon parcours est loin d'être terminé.Chaque jour, l'apprentissage continue surtout dans mon métier et dans la vie de manière générale. Si je devais parler de mon parcours jusqu'à présent, il est riche de connaissances, de rencontres formidables qui font grandir.
Le combat essentiel
YALLA magazine: Quel combat vous tient le plus à coeur?
Bien évidemment la défense des êtres les plus vulnérables sur cette terre et qui ne pourront jamais communiquer avec des mots:Il s'agit des Animaux.Jusqu'à mon dernier souffle je lutterai contre la maltraitance animale et les défendrai et je m'exprimerai pour eux.

Désirée Zeitouni: quand l’ambition devient stratégie

YALLA magazine - Dans les coulisses des décisions stratégiques qui façonnent les entreprises, il existe des voix qui orientent durablement les trajectoires. Désirée Zeitouni, consultante senior en recrutement, négociation et coaching stratégique, évolue précisément à cette intersection où les enjeux humains rencontrent les décisions financières et organisationnelles.
Au fil de son parcours, elle a compris qu’influencer un recrutement, c’est influencer une culture d’entreprise, une vision et parfois plusieurs années d’évolution stratégique. À travers cette entrevue, elle partage sa lecture du leadership moderne, sa conception de la réussite et sa vision d’une ambition féminine pleinement assumée.
Le tournant stratégique
YALLA magazine: Quel moment de votre parcours a marqué un véritable tournant?
Le véritable tournant a été une prise de conscience: comprendre que je ne recrutais pas simplement des talents, mais que j’influençais des décisions qui façonnent des équipes, des cultures et des trajectoires d’entreprise sur plusieurs années.À partir de là, je ne me suis plus positionnée comme exécutante, mais comme partenaire stratégique.
La valeur centrale
YALLA magazine: Quelle valeur guide le plus vos décisions?
L’intégrité intellectuelle.
Dans un environnement où l’urgence et la pression peuvent brouiller le jugement, je privilégie la lucidité, la cohérence et le long terme. La crédibilité se construit dans cette constance.

L’exigence comme formation
YALLA magazine: Quel obstacle vous a le plus transformée?
Les environnements exigeants et les négociations complexes, où les enjeux humains et financiers se rencontrent.
Ils m’ont appris la maîtrise émotionnelle, la fermeté élégante et la capacité à rester stable lorsque la tension monte.
Définir le leadership
YALLA magazine: Comment définissez-vous le leadership aujourd’hui?
Le leadership est la capacité à donner une direction claire dans un environnement complexe. Un leader ne se distingue pas par son titre, mais par la qualité de ses décisions.
Il exige lucidité, analyse, cohérence et vision à long terme. Un leader doit comprendre autant les enjeux humains que les enjeux financiers.
Le courage décisionnel est essentiel. Le leadership est une responsabilité stratégique avant d’être une position d’autorité.
Gérer la pression
YALLA magazine: Comment gérez-vous la pression dans les moments déterminants?
Avec méthode et recul.
Je structure, j’analyse, je priorise. L’expérience m’a appris que la pression est le prix des responsabilités élevées. Elle doit affiner la concentration, jamais la troubler.
La réussite
YALLA magazine: Que signifie la réussite pour vous?
La réussite, c’est la liberté.
La liberté de choisir ses mandats, de fixer ses standards et de construire une réputation respectée sans compromettre ses valeurs.
Ambition et équilibre
YALLA magazine: Comment conciliez-vous ambition et équilibre personnel?
En structurant mon ambition.
L’équilibre n’est pas stable; il évolue selon les périodes. L’essentiel est de rester consciente de ses priorités et de garder la maîtrise de ses choix.
L’incertitude comme force
YALLA magazine: Quelle expérience vous a le plus renforcée?
Les périodes d’incertitude.
Elles m’ont appris que la discipline dépasse la motivation et que la solidité intérieure est un avantage compétitif durable.
L’échec formateur
YALLA magazine: Y a-t-il un échec qui vous a davantage appris qu’un succès?
Oui. Un mandat où l’alignement humain n’était pas aussi solide que les compétences techniques.
Cela m’a confirmé qu’au-delà des performances, la compatibilité culturelle et la vision partagée sont déterminantes.
L’ambition féminine
YALLA magazine: Qu’est-ce qui doit encore évoluer concernant la place des femmes?
La normalisation de l’ambition féminine.
L’autorité, la fermeté et l’exigence ne devraient plus être interprétées différemment selon le genre. Une femme stratégique et affirmée n’est pas intimidante, elle est compétente. La compétence doit rester l’unique référence.
La qualité essentielle
YALLA magazine: Quelle qualité considérez-vous essentielle pour avancer avec assurance?
La maîtrise.
La confiance durable ne repose pas sur l’apparence, mais sur la compétence, la préparation rigoureuse et la constance des résultats. La vraie assurance, c’est la maîtrise de soi et de son expertise.
Message aux générations futures
YALLA magazine: Quel message adressez-vous aux générations futures?
Privilégiez la profondeur à l’apparence.
Développez vos compétences, travaillez votre expertise et construisez une réputation solide. C’est ainsi que l’on transforme la visibilité en véritable influence.
Décision audacieuse
YALLA magazine: Quelle décision audacieuse a changé votre trajectoire?
Assumer ma vraie valeur sur le marché.
En fixant mes standards professionnels et financiers sans m’excuser, j’ai changé ma posture, renforcé ma confiance et ouvert de nouvelles opportunités. Se respecter soi-même est le catalyseur de toute évolution marquante.
Son influence
YALLA magazine: Comment définissez-vous votre influence?
Elle ne se mesure pas à la visibilité que j’ai, mais à l’impact réel de mes actions.
Elle se reflète dans la qualité des décisions stratégiques que j’aide les dirigeants à prendre et dans la confiance que j’inspire autour de moi.
Vision pour les prochaines années
YALLA magazine: Quelle est votre vision pour les prochaines années?
Concentrer mon expertise sur des mandats à fort impact stratégique, développer davantage le coaching exécutif et renforcer mon influence à l’international.

Jacinthe Gagnon: transformer l’engagement en levier de justice

YALLA magazine - L’égalité ne progresse jamais seule. Elle avance grâce à celles et ceux qui acceptent de transformer leur indignation en action structurée. Depuis plus de vingt ans, notre invitée Jacinthe Gagnon incarne cette conviction. Militante, stratège, mentore et actrice engagée dans les milieux communautaire, environnemental et politique, elle a fait de son engagement un levier de transformation durable.
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, elle revient sur un parcours marqué par la persévérance, les défis électoraux, la défense de la parité et la volonté constante de bâtir un Québec plus juste.
De l’implication citoyenne à l’action politique
YALLA magazine: D’où vient votre engagement?
Originaire du Lac-Saint-Jean, j’ai découvert très tôt que l’implication citoyenne pouvait transformer des trajectoires, individuelles comme collectives.
Mon engagement a commencé dans le sport et chez les cadets, avant de se poursuivre dans des organisations de protection de l’environnement et de revitalisation urbaine.
J’ai été l’une des premières femmes au Québec à recevoir le diplôme d’agent de protection de la faune, dans un milieu alors largement masculin. Ce fut une étape déterminante.
Leadership et expertise
YALLA magazine: Comment votre parcours professionnel a-t-il nourri votre engagement?
Mon parcours s’est ensuite déployé dans l’administration publique, la finance, la prévention de la fraude et la gestion de succursale.
Ces expériences m’ont permis de développer une expertise solide en leadership, en gestion d’équipe et en analyse stratégique.
Mais c’est en politique que j’ai le plus activement canalisé mon désir de faire une différence.

L’école des campagnes électorales
YALLA magazine: Quel rôle la politique a-t-elle joué dans votre trajectoire?
À titre de mentore, organisatrice et stratège, j’ai participé à huit campagnes électorales ainsi qu’à plusieurs courses au leadership du NPD et du PLQ.
J’ai été co-présidente de la Commission des femmes du NPD du Québec de 2011 à 2014. Durant cette période, j’ai soutenu activement des femmes candidates, bénévoles et organisatrices.
J’ai moi-même été candidate en 2013 et en 2015. Ces expériences m’ont permis d’aller à la rencontre des citoyens, de mieux comprendre leurs préoccupations et les difficultés auxquelles ils font face.
La défaite comme apprentissage
YALLA magazine: Que vous a appris votre candidature municipale à Laval en 2013?
J’ai perdu cette campagne électorale. Mais elle m’a profondément marquée.
Elle m’a appris à faire confiance à mon entourage, à reconnaître la force du travail d’équipe et à comprendre que la défaite peut être une grande école de leadership et d’humilité.
Fonder pour transformer
YALLA magazine: Pourquoi avoir fondé le chapitre québécois d’À Voix Égale?
En 2016, constatant le manque de représentation féminine en politique, j’ai fondé le chapitre québécois d’À Voix Égale, un organisme voué à la parité et à l’accessibilité des femmes aux postes décisionnels.
Pour moi, la représentation politique n’est pas seulement une question de chiffres. C’est une question de justice démocratique.
Une lecture lucide des chiffres
YALLA magazine: Où en est la parité aujourd’hui?
La parité dans les rôles électifs n’est toujours pas atteinte globalement.
Au fédéral, environ 31% des élus sont des femmes. Dans les municipalités du Québec, seulement 26% des maires sont des femmes.
L’élection de 2022 a toutefois marqué une étape importante avec 46% de femmes élues à l’Assemblée nationale du Québec, une première presque paritaire.
Une conviction intacte
YALLA magazine: Que représente pour vous la Journée internationale des droits des femmes?
Elle me rappelle que les avancées sont le fruit d’engagements constants, parfois silencieux, mais toujours porteurs de sens.
Pour moi, l’égalité ne se décrète pas. Elle se construit. Elle se nourrit de courage, de persévérance et de solidarité.
Chaque femme qui ose prendre la parole, qui s’engage et qui revendique, ouvre la voie à d’autres.
Le message aux générations futures
YALLA magazine: Quel message souhaitez-vous transmettre?
Les droits de chacune et de chacun sont des fondations essentielles.
Ils doivent permettre de réussir, de s’épanouir et de prendre pleinement sa place dans la société québécoise.
Il faut les protéger, les faire grandir et les utiliser pour bâtir un Québec plus juste et plus inclusif.

Rima El-Helou, bâtir des ponts pour transformer les trajectoires

YALLA magazine - Certaines femmes bâtissent des carrières. D’autres bâtissent des ponts. Rima El-Helou appartient à cette seconde catégorie. Immigrante, mère, dirigeante stratégique, elle a transformé l’expérience du déracinement en levier d’influence économique et institutionnelle.
Directrice – Mobilité internationale chez Montréal International, titulaire d’un Executive MBA et conseillère réglementée en immigration canadienne (CRIC), elle incarne un leadership structuré, ancré dans l’intégrité et orienté vers l’impact durable. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, elle revient sur un parcours façonné par le courage, la discipline et la responsabilité.
Le courage du départ
YALLA magazine: Quel moment a structuré votre trajectoire?
Immigrer au Canada il y a douze ans a été la décision la plus déterminante de ma vie. Quitter le Liban signifiait laisser derrière moi une stabilité professionnelle pour choisir l’ambition, la contribution et la construction d’un avenir dans une société que je considère aujourd’hui comme la mienne.
Recommencer dans un nouvel environnement m’a obligée à reconstruire ma crédibilité, redéfinir mon identité professionnelle et démontrer ma valeur dans un écosystème différent. Cette expérience a profondément structuré mon style de leadership: rigoureux, stratégique, ancré dans l’empathie et orienté vers des résultats mesurables.
Aujourd’hui, je contribue activement au positionnement de Montréal comme destination de choix pour les talents et les investissements internationaux.
Une expertise multidisciplinaire
YALLA magazine: Comment votre formation a-t-elle façonné votre leadership?
Je détiens un baccalauréat en sciences (sage-femme), un diplôme en santé publique, un certificat en gestion du marketing de HEC Montréal, un Executive MBA conjoint de ESCP Business School et de ESA Business School, ainsi qu’un diplôme de praticienne en immigration. Je suis également conseillère réglementée en immigration canadienne (CRIC).
J’ai occupé des postes de direction dans les secteurs médical, de l’assurance, des ressources humaines, du marketing et du juridique. Cette diversité m’a permis de développer une compréhension globale des enjeux organisationnels, de la gouvernance, de la conformité et du développement stratégique.
La mobilité internationale comme levier économique
YALLA magazine: Quel est votre rôle aujourd’hui chez Montréal International?
À titre de directrice – Mobilité internationale, j’accompagne des investisseurs internationaux qui choisissent Montréal pour implanter ou développer leurs activités.
Je soutiens également des entreprises locales confrontées à des pénuries de main-d’œuvre en les aidant à identifier des talents internationaux et à obtenir les autorisations légales nécessaires pour leurs travailleurs étrangers.
Nous évoluons dans un environnement marqué par l’incertitude économique et des changements réglementaires constants. Les cadres d’immigration fédéraux et provinciaux sont complexes et évoluent rapidement.
Dans ce contexte, notre rôle est stratégique: offrir aux entreprises clarté, conformité et prévisibilité afin qu’elles puissent croître de manière responsable et durable.
L’intégrité demeure le fondement de chacune de mes décisions. Elle protège les intérêts des organisations, des talents et la crédibilité du système d’immigration canadien.
Engagement démocratique et action sociale
YALLA magazine: Votre engagement dépasse-t-il le cadre institutionnel?
Oui. Je me suis présentée à deux reprises comme candidate aux élections fédérales, par conviction que la participation citoyenne et la représentation sont essentielles au dynamisme démocratique.
J’ai également fondé un organisme à but non lucratif à Québec pour accompagner les immigrants vers leur première opportunité d’emploi. Cette initiative est née de ma propre expérience.
Faciliter l’accès au marché du travail, c’est favoriser l’autonomie, la dignité et la pleine participation à la société.
Pour moi, le leadership consiste à créer des ponts: entre les talents et les entreprises, entre les cultures, entre le potentiel et l’opportunité.
Résilience et ancrage
YALLA magazine: Quelle épreuve a le plus structuré votre parcours?
Reconstruire ma trajectoire professionnelle comme immigrante a été l’épreuve la plus structurante.
L’excellence, la constance et la discipline ont été mes leviers de reconnaissance.
Être mère de deux adolescents demeure mon ancrage quotidien. Cette responsabilité nourrit ma vision à long terme et renforce mon engagement à contribuer à un environnement économique et social solide pour les générations futures.
Une vision claire
YALLA magazine: Quelle est votre vision pour les prochaines années?
Continuer à renforcer la compétitivité de Montréal et du Québec en matière d’attraction de talents internationaux.
Promouvoir un leadership inclusif et stratégique.
Contribuer activement au développement économique du Canada.
Résumer son parcours
YALLA magazine: Si vous deviez résumer votre trajectoire en une phrase?
Je suis une immigrante et une mère qui a transformé la résilience, l’expertise multidisciplinaire et l’engagement public en un leadership stratégique au service du développement économique et de l’intégration durable des talents.



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